Université du temps libre "Kreiz Bro leon" - compte rendu de conférence

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Le Paris du baron Haussmann, vu par les impressionnistes
Virginie FOUTEL
    En 1953, le baron Haussmann, chargé de l'urbanisme par Napoléon III, transforme Paris pour en faire une des pus belles cités d'Europe. Il s'attaque au vieux Paris, lieu de paupérisation et d'insalubrité pour inventer un Paris moderne fait de grands boulevards et de vastes places. Il transforme Paris à 60%, privilégie les lignes droites et ouvre de larges voies. Des boulevards sont percés, puis des avenues et des rues. Des places en étoile sont aménégées et les gares sont reconstruites desservies par des grands axes routiers. Prenant modèle sur l'Italie, il fait de Paris le pendant laïque de Rome (il est franc maçon) 7 gares reliées par les grands boulevards  (comme les 7 basiliques de Rome) des clochers, des vitraux dans les ouvrages d'art, donnant la vision d'une modernité laïque.
    De grands édifices voient le jour, l'opéra Garnier, Le Chatelet, le grand Palais et l'immeuble Haussmanien s'impose comme un modèle de référence. La vie sociale s'en trouve boulversée et les boulevards deviennent le lieu de prédilection de la bourgeoisie. L'éclairage au gaz, autre élément de la modernité, devient omniprésent et fait de Paris la ville lumière et la capitale des Arts.
    C'est ce décor que découvrent les impressionnistes 20 ans plus tard et qui en font une mise en couleur. Ils auront à coeur de montrer non pas l'architecture, mais ce monde qui bouge.Leur vision positiviste permet de donner une image optimiste de l'espace urbain parisien. Ces "pionniers de la modernité" représentent serinement les scènes de la vie contemporaine, essentiellemnt le vie bourgeoise flânant sur les boulevards, le pont de l'Europe, les gares...
    Caillebotte, qui vient d'une famille aisée comme Pissaro, habite dans cet arrondissement est un des principaux témoins de cette vie moderne.De son appartement au 6ème étage du boulevard Haussmann, il a une vue plongeante sur les rues de Paris, mettant en valeur la perspective, les scènes de rue, l'aménagement de l'espace, témoins de la modernité. Pissaro loue une chambre à l'hotel du Louvre pour avoir une vue sur les grands boulevards.
    1872 fin de la restruturation de Paris et 1873 date de la première exposition marquent le début de la deuxième génération des impressionnistes dont Caillebotte et Pissaron ont été les principaux peintres des scènes de rues.
Oeuvres projetées pendant la conférence, mises à notre disposition par Madame Foutel
Avenue de l'Opéra : - Pissaro (comparaison avec une photo). Perspective sur les grands boulevards, le monde qui bouge. L'opéra en fond est flouté pour obliger le spectateur à porter son regard sur le 1er plan.
Avenue de l'Opéra, effet de pluie  Pissaro Vue de son balcon, l'avenue sous la pluie. 
Avenue de l'Opéra sous le soleil : Caillebotte -Toujours la même perspective, Les mêmes permanences, calèches, fiacres, personnages en mouvement, réverbères. Ces trois tableaux font partie d'une série commandée par P.Ruel marchand d'art.
L'homme au balcon : Caillebotte - La série des balcons dirige le regard vers le boulevard, c'est un regard par procuration. Sur les deux photos jointes, on voit l'appartement du 6 étage de Caillebotte.
Avec son frère Martial : Caillebotte
L'homme au balcon boulevard Haussmann : Caillebotte Avec un détail de la grille à travers la quelle on aperçoit le boulevard, avec en permanence, les passants, les frondaisons, les immeubles haussmaniens
L'homme à la fenêtre : Caillebotte
Boulevard Hausmann sous la neige  Caillebotte
Rue Halevy sous la neige  Caillebotte  toujours cette impression de flou dans le fond pour attirer l'oeil au premier plan. Les peintures étaient réalisées en intérieur à partir de croquis ou photos réalisés en extérieur.
Rue de Paris sous la pluie : Composition à l'horizontale et diagonales. Le réverbère coupe le tableau en deux. C'est une critique des bourgeois, mettant en avant le désoeuvrement de la classe bourgeoise qui n'a rien d'autre à faire que flâner alors que la classe sociale des petites rues a disparu.
 Rue Lafayette Ed Munch vue de l'appartement de Caillebotte (et photo de Caillebotte)
Rond point du boulevard Haussmann  Caillebotte avec une symbolisation de l'horloge et du temps qui passe avec les réverbères. A droite, un tabeau japonisant de composition complexe.
Photos de la place de l'Europe     en suspension au-dessus de la gare St Lazare.
Pont de l'Europe : Caillebotte avec son chien "petit genevilliers". Une grande clarté des lignes de fuite et de la perpective. La vue d'un voyeur qui regarde les trains. Toujours la présence des becs de gaz, témoins de la modernité.
Pont de l'Europe  : Monet  Les fumées sont un signe de modernité. On note l'opposition de niveau social entre Caillebotte (bougeoisie) et Monet (famille modeste). Le premier peint le bourgeoisie sur le pont et le deuxième les ouvriers au niveau des voies, ce qui lui a valu des soucis avec la société des chemins de fer. Le parapet fait la séparation entre les deux mondes.
Gare St Lazare : Monet Les grands immeubles sont cachés, la fumée, les trains et le 1er plan sont plus importants.
 La gare St Lazare Norbert Goeneutte, ami de Monet
Rendez-vous à la gare : Pissaro   Effervescence économique et sociale autour de la gare. Tous les éléments de la modernité sont présents, foule, architecture, bec de gaz, calèches, gare ..
Cour du Havre gare St Lazare : Pissaro
Rue Tronchet : Pissaro (photo de 1909 présence du tramway) Fiacres, calèches, réverbères
Le boulevard : Raffaelli , peintre italien amateur de Paris, qui montre la largeur des boulevards et contrairement à Caillebotte peint au nveau du sol.
Boulevard des capucins  Monet  Grands immeubles, frondaisons, grands boulevards lieu d'implantation des grands magasins. Opposition entre l'ombre et le soleil, coleurs froides et couleurs chaudes (matérialisées par la diagonale) la vie des bourgeois et celle du peuple.
Boulevard Montmartre la nuit sous la pluie  Pissaro Importance des réverbères. C'est le Paris des noctambules. Mixité de la socièete bourgeoise et bohème. 36 000 réverbères à Paris d'où l'expression 36000 chandelles devenue "J'ai vu 36 chandelles" pour celui qui avait fait la fête toute la nuit dans Paris.
Boulevard Montmartre matinée de printemps : Pissaro  Toujours la perspective, le mouvement, les arbres, les calèches, les réverbères signes de modernité.
Le moulin de la galette à Montmartre : Paul Signac. Opposition entre le reverbère témoignage de la modernité et l'arbre mort en hommage à la commune de Montmartre annexée par la commune de Paris pour avoir l'éclairage et qui va disparaitre en tant que commune libre.
Toits de Monmartre : Caillebotte. Montre dans cette toile un quartier qui n'a pas subi l'intervention de Haussmann. Il va d'ailleurs s'installer dans ce quartier suite au décés de sa mère et de son frère pour fuir les grands boulevards qui donnent une fausse image de la vie.
Terrasse aux jardins du Luxembourg : Van Gogh. Entre les arbres au fond du tableau sur la droite, Van Gogh indique en blanc le jet d'eau du grand bassin. Van Gogh connaissait aussi les panoramas parisiens de Manet mais il évite soigneusement les représentations élégantes de la modernité peintes par Manet. Il préfère des personnages dispersés et des couples. L'effet d'ensemble est celui d'une frise de silhouettes comme dans certaines estampes japonaises .
La tour Eiffel en construction : Larsson  Pour les impressionnistes la tour Eiffel est un monument immobile et inutile, donc ils n'éprouvent pas le besoin de la représenter.Les grands monuments n'ont d'ailleurs pas été un sujet de prédilection pour eux. Ils ont préféré représenter le vivant.
Pont ???    Avec vue sur Notre Dame.
Vue du canal St Martin  :  Sisley Une série de 4 toiles. Il vit au bord du canal et l'apprécie comme lieu de vie, de commerce, c'est un Paris de village. Dans ses toiles urbaines, Sisley s'est éloigné de ses contemporains. Il s'attacha au « réel » - antithèse du pittoresque - représentant les berges industrieuses de la Seine
Le pont neuf : Renoir  En réalité, le plus vieux pont de Paris, lieu de passage important de mixité sociale. Son frère arrête les passants pour qu'il puisse saisir l'image.
Là encore on retrouve les éléments de modernité, calèches, réverbères, ligne de fuite, piétons ..
Pont  : Mettine  Le pont est un trait d'union entre deux rives mais aussi un lieu d'obsevation du spectacle qui a lieu sur la Seine.
Pont des arts sous la pluie  : (Aquarelle) Harvey  L'effet de peinture délavée donne l'impression d'avoir été peint sous la pluie, . Le Sacré coeur est flouté pour donner de l'importance à la garnde quantité de parapluies.
Le quai malaquaisRenoir (1875) Lieux de circulation, les boulevards étant en travaux. Couleur, mixité sociale sont les marqueurs de cette toile.
Terrasse sur élevée du Pont neuf  Pissaro  (1902) Série de 8 toiles. A noter l'horizontalité du pont
Notre Dame :   Childe Hassam : Représentée souvent comme faisant partie du décor, en particulier les bords de Seine, mais pas en tant que monument propre.
L'opéra    (1887) On retrouve encore les réverbères, les calèches, le mouvement des passants.
L'avenue du bois de Boulogne : De Nittis Allée cavalière prisée par la bourgeoisie pour la promenade à cheval ou à pieds.
Cavalière en amazone  De Nittis
Les champs élysées sous la pluie  :  Childe Hassam - Calèche, frondaisons, réverbère et fond brumeux qui attire le regard sur le premier plan.
La parisienne  : De Nittis  Vue de la vie économique de Paris, vie sociale de la bourgeoisie, une parisienne devant une boutique de luxe. Noter la présence du réverbère par son reflet dans la vitrine.
Paris depuis le Trocadéro : Berthe Morisot. Témoignage des travaux du champ de Mars.
Vue du balcon  Berthe Morisot  Elles sont placées sur le balcon de la maison des parents Morisot, rue Franklin, à Paris. On aperçoit le Dôme des Invalides à l'horizon. Observation de ce qui se passe en dessous, attitude que l'on retrouve souvent chez Caillebotte, Pissaro.

Conclusion
Quelles furent les motivations d’Haussmann ? Renforcer les nouveaux axes du développement économique, l’ordre public et la rentabilité foncière en créant de grandes artères, en accélérant la construction des gares, en valorisant, enfin, les « beaux quartiers ». Les peintres semblent avoir partagé cette conception de la modernité. Caillebotte a peint le pont de l’Europe, Monet a multiplié les vues de la gare Saint-Lazare, hommage à la richesse du réseau de communications de la capitale. Les visions plongeantes de Pissarro ont mis en valeur la majestueuse perspective du boulevard Montmartre et du boulevard de l’Opéra tout en exaltant la flânerie. Les tons sombres sont délibérément exclus, la palette éclaircie. C’est là une nouvelle image de Paris, une image pittoresque.