Université du temps libre "Kreiz Bro leon" - compte rendu de conférence

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Histoire de l'écriture
Mohamed Idali, calligraphe
(Compte rendu mis à notre disposition par le conférencier)
L’étymologie du mot écriture
  L’étymologie du mot français « écriture » vient du verbe latin « scribo, scripsi » qu’on  retrouve dans les mots français : scribe,  description, scripte, manuscrit, écrivain, inscrire…Pour les romains, ce verbe avait aussi le sens de graver, de creuser, de tracer, de rayer avec un objet pointu.  Le  « scrupus » était en effet un  outil, une petite pierre qui servait à graver le bois ou la cire.
Ce mot latin  vient lui-même du grec ancien  « graphein » qui a ce double sens d’écrire et de graver, de tracer des signes. On retrouve cette origine grecque dans  les mots géographie, photographie ou calligraphie justement.
Définition
Le Robert : Représentation de la pensée par des signes » et celle de Wikipédia : « L'écriture est un moyen de communication qui représente le langage, à travers l'inscription de signes sur des supports variés... ».  Ces définitions ne permettent pas de rendre compte totalement de ce qu’est l’écriture. Mais  il y a un concept qui revient dans les deux définitions : celui de la représentation.
 
La Représentation : L’écriture serait donc le moyen de rendre sensible, présent, compréhensible un concept ou un objet absent. Et ce concept absent c’est la langue qu’on va fixer avec des signes. 
 
Comment se manifeste cette représentation ? Cette  représentation de la langue, du langage, de la pensée se manifeste sous différentes représentations qui peuvent  être graphiques, gestuelles, imagées, …

Evolution de l’écriture
On peut considérer qu’il y a trois formes d’écriture : pictographique, idéographique et alphabétique. Ces formes semblent suivre une évolution et se succéder au fil  des siècles: on  passe  de  l’image  à l’idée puis au son. Mais la réalité n’est pas aussi simpliste. 

Les pictogrammes n’ont jamais été aussi présents que dans notre société actuelle : code de la route, hôpitaux, émoticônes… Disons que différentes formes  d’écriture apparaissent et ouvrent le champ des possibles pour traduire en signes graphiques la pensée et les émotions.

Les pictogrammes sont apparus en Mésopotamie dans le 4ème millénaire avant notre ère avec les sumériens. Mésopotamie siginifie au milieu des fleuves (Mesos :  Milieu et Potamos :  le  fleuve)  car la Mésopotamie se situe entre le Tigre et l’Euphrate. Cette situation géographique explique le support de l’écriture : la tablette en argile. Il n’y a pas de bois dans cette zone et c’est peut-être une chance car les tablettes se conservent bien mieux dans le temps et c’est ainsi qu’elles ont pu parvenir jusqu’à nous. 

Picto, c’est une représentation peinte et graphie c’est l’écriture. C’est une écriture qui est basée sur l’image. L’image signifie une idée ou un concept. A cette époque, l’écriture ne transcrit pas la parole ni la phonétique.
Une tablette avec des écritures primitives. Elle date de 3300 avant notre ère. Au tout début de l’écriture, on dessine en colonne de haut en bas et de droite à gauche sur des tablettes d’argile, c’est à dire en terre. L’outil pour graver est un bout de bois. Les tablettes servent essentiellement pour des transactions commerciales.

Cette écriture va subir une évolution, une transformation. D’images réelles de la nature, on parvient petit à petit à une forme d’abstraction. Pourquoi ?
L’homme cherche à simplifier le chemin qu’il emprunte, à  faire le moins d’efforts possible.  On devine dans ces évolutions les astuces du scribe pour dessiner l’image avec le moins de signes possibles. Ces évolutions sont à mettre en parallèle avec l’évolution des outils. L’outil  utilisé influence l’écriture. C’est une  métamorphose qui va courir sur plusieurs siècles.

L’écriture cunéiforme tient son nom des formes anguleuses des signes. En effet, l’utilisation d’un stylet amène cette nouvelle écriture en formes de «clous» et de «coins» combinés entre eux. L’écriture cunéiforme tend à la simplification et à l’abstraction. Petit à petit les signes se réduisent : environ 700 autour de 3000 avant notre ère. Progressivement la grammaire et la transcription des sons entrent dans l’évolution de l’écriture cunéiforme. L’écriture réaliste des idéogrammes a  désormais laissé place à une écriture abstraite dont il faut connaître le code pour pouvoir déchiffrer le sens. Ce n’est qu’en 1830 qu’on a redécouvert le sens de  l’écriture cunéiforme. Le sumérien n’est plus utilisé à l’oral dès le 2 ème millénaire avant JC mais il va rester la langue de la culture savante et continuer à se développer à l’écrit.

C’est ainsi que l’écriture cunéiforme se répand dans tout le Proche-Orient et sert à noter des langues de familles et de structures différentes comme les langues sémitiques ou indo-européennes. L’écriture Ougarit apparaît en 1400 av JC dans la région de la Syrie. On a redécouvert des tablettes dans la cité enfouie d’«Ugarit». C’est un peu le « Pompéi » de la Syrie car Ugarit a elle aussi été enfouie et oubliée suite à un tremblement de terre.  L’écriture devient alphabet avec l’Ougarit.  C’est le premier abécédaire. L’alphabet  ugaritique comporte une petite trentaine de signes alphabétiques qu’on écrit de gauche à droite. Cet  alphabet  transcrit les sons et serait peut-être l’ancêtre de l’alphabet phénicien. L’ougarit était utilisé pour  le culte et l’administration.  Cet alphabet est très important pour comprendre l’histoire de l’écriture car c’est le premier alphabet qui transcrit les voyelles a, i et u. Les hommes ont réussi à le traduire vers 1930.

Si on voit une évolution, une simplification, une stylisation de la forme de  l’écriture depuis le cunéiforme jusqu’au  phénicien, il est une écriture qui fascine les hommes depuis toujours et qui est restée d’une stabilité remarquable pendant les 35 siècles où elle a été utilisée. Cette écriture restée longtemps mystérieuse ce  sont  les hiéroglyphes. L'écriture hiéroglyphique est par excellence l'écriture des inscriptions ornementales prestigieuses,  gravées dans la pierre, souvent religieuses, d'où le nom qui leur a été donné par les Grecs et dont est issu le mot hiéroglyphe (grec ieros, sacré, et glyphein, graver). 

Beaucoup  disent  que  c’est  l’Egypte  qui  a  donné  l’écriture  à  notre civilisation.  L’Egypte  c’est  le  berceau,  le  creuset  de  notre  histoire commune car c’est elle qui fait le lien entre l’Orient et l’Occident.

Longtemps, les hiéroglyphes ont été vus par les hommes comme des signes purement décoratifs et qui n’avaient pas de sens. Jusqu’à une découverte qui va révolutionner toutes nos connaissances sur ce peuple : la pierre de Rosette. C’est une pierre d’environ 70 cm qui se trouve actuellement au British Museum à Londres.

La particularité de cette pierre est qu’elle comprend trois écritures sur 3  niveaux.  Le français Champollion qui connaît le grec ancien cherche alors des similitudes,  des occurrences des  mêmes signes d’un texte à l’autre. Il est persuadé que les hiéroglyphes ont un sens car il a reconnu le mot Ptolémée. Il cherche alors à partir  du  nom Cléopâtre à prouver ses hypothèses.