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L'exil des réfugiés espagnols dans le Finistère
Jean Sala Pala

L’Espagne de 1914 à 1939 :

1914 – 1923 : Sous le règne d’Alphonse XIII  l’Espagne est à la fois divisée et « en retard » :

- Divisée socialement (classe moyenne quasi inexistante, petite minorité de riches,  énorme majorité de pauvres) et politiquement (partisans de la monarchie face à l’opposition républicaine et aux désirs d’autonomie, voire d’indépendance, de certaines régions).
- « En retard », en particulier par rapport à la France. La séparation de l’Eglise et de l’Etat n’a pas encore été prononcée. L’enseignement laïc reste peu développé, les enseignants sont peu formés et en trop petit nombre.

1923 : Coup d’état réussi du général Miguel Primo de Rivera. Il instaure une dictature sévère (remplacement du Parlement par un Directoire de militaires, suspension de tous les partis politiques, instauration de la censure) mais le roi reste roi. Dictature tolérée grâce à une politique de grands travaux entraînant la baisse du chômage.

1929 : La crise mondiale met fin au début de progrès social. Primo de Rivera perd son principal soutien, celui des militaires, et présente sa démission au roi. Ses successeurs Dámaso Berenguer et  Juan Bautista Aznar-Cabañas remplacent la « Dictadura » (dictature dure) par la  « Dictablanda » (dictature molle).

1931 : Lors de la campagne pour les élections municipales du 12 avril, les candidats se positionnent, de manière surprenante, en fonction de leur attachement à la monarchie ou à la république. Si la majorité va aux monarchistes dans l’ensemble du territoire, les républicains l’emportent dans toutes les grandes villes où de nombreuses émeutes éclatent le soir même du scrutin. Le roi s’exile. Les républicains estiment le moment venu et proclament le 14 avril la République, en réalité la Seconde République espagnole dont la nouvelle constitution, votée le 9 décembre 1931, correspond à une vision nouvelle de l’Espagne.

Art. 1 : L’Espagne est une République démocratique de travailleurs de toute classe, qui s’organise en régime de liberté et de justice.
Art. 2 : Tous les Espagnols sont égaux devant la loi.
Art. 3 : L’Espagne n’a pas de religion officielle.

1931-1933 : Deux années d’embellie avec progression dans de nombreux domaines :

- Droits pour les travailleurs (réduction de la journée de travail à 8 heures, accès à la sécurité sociale, …)
- Démocratisation de l’enseignement (construction de 7000 écoles, augmentation de 30% du traitement des instituteurs)
- Droit de vote pour les femmes
- Autonomie de la Galice, du Pays basque, de la Catalogne
- Vote des projets de réforme agraire

1933-1935 : Les tensions au gouvernement mènent à la dissolution des Cortes (parlement). Aux nouvelles élections, la droite obtient la majorité. Suivent les deux « années noires » (bienio negro) : tensions politiques, émeutes, grèves, remontée du chômage…. Nouvelle dissolution des Cortes et nouvelles élections.

Février 1936 : Lors des élections législatives,  victoire du Frente popular (Front populaire), coalition de plusieurs organisations de gauche : Parti Socialiste, Gauche Républicaine, Union Républicaine, Gauche Républicaine Catalane, Parti Communiste. Certains, et notamment les militaires, y voient une majorité « rouge » là où la tendance est plutôt « rose ».

Juillet 1936 : Révolte des militaires. Franco prend, depuis le Maroc, la tête d’un soulèvement préparé de longue date. L’Espagne se divise entre Franquistes (phalangistes, monarchistes) soutenus par l’Allemagne, l’Italie et le Portugal, et Républicains (socialistes, communistes, marxistes, trotskystes, anarchistes), soutenus par l’URSS et les Brigades internationales. La France et la Grande-Bretagne décident de pratiquer une politique de non-intervention.

Début d’une guerre qui se terminera officiellement le 1er avril 1939.

1937 : la première vague de réfugiés

En avril 1937, les Franquistes et leurs alliés décident d’attaquer la zone côtière allant du Pays Basque aux Asturies (carte  wikipedia.org/wiki/Campagne_du_Nord ) tenue alors par les Républicains.

Cette « Bataille du Nord » débute le 26 avril par le bombardement de Guernica par les aviations allemande et italienne. Les Franquistes vont ensuite progresser d’Est en Ouest jusqu’à atteindre Gijon fin octobre. Pendant les six mois que durent ces combats, ce sont entre 120 000 et 140 000 personnes qui vont fuir les combats en prenant la mer.

Quelques jours après les bombardements de Guernica, les autorités basques organisent le départ des enfants pour les mettre à l’abri.  On les fait partir en bateau sans leurs parents mais avec des accompagnatrices.

Pour le premier convoi qui arrive dans le Finistère début mai, toutes les opérations sont pilotées et financées par la CGT. La CGT a choisi le groupe, en a assuré le transfert d’Espagne à La Pallice en bateau puis le transfert jusqu’à Quimper en train. Ces enfants sont hébergés à Plouhinec dans une colonie de vacances sans confort. Leur arrivée fait l’objet d’un échange tendu entre le maire, qui proteste contre les charges imposées à sa commune, et le préfet. La solidarité s’exerce très vite de la part de la population ( diapos 19 - 20 - 21 ). Malgré ces efforts, les conditions de vie sont très difficiles et les enfants seront transférés en région parisienne avant la fin mai.

Mais sans trop tarder d’autres arrivées de réfugiés espagnols vont se produire en Finistère. Entre le 3 juin et le 19 août, environ 1700 personnes sont accueillies dans diverses communes du Finistère, principalement des civils, femmes, enfants, hommes trop âgés pour combattre (à Lesneven 2 mamans avec leurs 5 enfants, diapos 24 - 25). Cette fois tout est organisé par l’Etat. L’Etat finance les opérations, localement le préfet les pilote et sollicite les maires pour l’accueil de réfugiés.

Ceux-ci vont être dispersés sur une centaine de communes du département mais quasiment tous devront regagner l’Espagne entre août et octobre car le gouvernement de Camille Chautemps, qui succède au gouvernement de Léon Blum, refuse de payer leur hébergement.

 Outre ces arrivées en train, se produisent aussi en Finistère des arrivées directes en bateau.  Entre 1937 et 1938, plus de 30 bateaux avec environ 500 Espagnols arrivent ainsi. Chaque fois, les Républicains espagnols qui ont dû quitter le nord-atlantique de l’Espagne retournent très vite dans leur pays, en zone républicaine, pour continuer le combat.

Parmi ces bateaux, le Huerta, échoué sur les rochers à Penmarc’h un jour de grande tempête et dont tous les occupants sont sauvés par des marins locaux.

Les bateaux, d’abord regroupés à Landévennec, repartiront pour l’Espagne une fois la Guerre d’Espagne terminée, en mai 1939.

1939 : la Retirada (retraite)

 Dernier épisode de la guerre : En janvier les Franquistes attaquent la Catalogne et poussent devant eux les Républicains en déroute. Hommes, femmes et enfants passent les Pyrénées à pied en plein hiver. Près de 500 000 Espagnols entrent en France en près de deux semaines. C’est un véritable tsunami.

A l’arrivée en France, les hommes sont placés dans des camps de concentration, les femmes et les enfants sont répartis en train  dans différents départements.

Le Finistère va ainsi recevoir, entre le 1er et le 8 février,  3700 réfugiés. Leur arrivée suscite de très nombreux élans de solidarité, ce qui n’empêche cependant pas l’inconfort de certains lieux d‘accueil. (Témoignages diapos 38 39. Réfugiés accueillis à Lesneven : diapo 41).

La question du retour en Espagne se pose dès le 21 mars (ouverture de la frontière franco-espagnole) mais, malgré les sollicitations, beaucoup hésitent à retourner sous le régime franquiste.  Au 14 août : 65 % de ceux qui y sont arrivés sont toujours dans le Finistère où il reste 2359 réfugiés (1081 femmes, 1080 enfants, 198 vieillards). Il est impossible de savoir combien d’entre eux sont restés ensuite dans le Finistère, l’état de guerre en France n’ayant pas permis l’établissement d’archives ni de statistiques.

1941 -1943 : La troisième vague 

A leur arrivée en France en février 1939 lors de la Retirada,  les combattants sont parqués, près de la frontière, dans des camps de concentration totalement improvisés, sans même un abri où dormir. Ils doivent eux-mêmes se monter des tentes, puis se construire des baraquements. Petit à petit, les camps sont répartis dans l’ensemble de la « zone libre ».

Au bout de quelques semaines, diverses solutions sont proposées à ces hommes pour sortir de ces camps : rapatriement volontaire en Espagne, départ pour un autre pays (Amérique latine, URSS, …), engagement dans les Régiments de marche de Volontaires étrangers, entrée dans la Légion étrangère, ou incorporation dans les Compagnies de Travailleurs Etrangers (CTE).

C’est cette dernière solution qu’ils vont majoritairement choisir. Elle permet aux étrangers qui séjournent en France de bénéficier du droit d'asile en échange d’un travail peu ou pas rémunéré. Une CTE est une unité de 250 hommes encadrés par un officier, six sous-officiers et dix caporaux.

Dans un premier temps, les CTE vont être affectées à la préparation de la guerre (industries d’armement, défense des frontières, …) puis après la mobilisation générale en France elles vont être dispersées sur l’ensemble du territoire et intervenir dans à peu près tous les champs de l’économie française.
En automne 1940 l’Allemagne renonce à envahir l’Angleterre et décide de protéger la côte atlantique en construisant 5 bases sous-marines et le mur de l’Atlantique. Pour bénéficier d’une main-d’œuvre nombreuse et peu onéreuse, en juin 1941 l’Allemagne demande à Pétain la responsabilité de milliers de travailleurs français. Pétain lui cède une partie des travailleurs des GTE (Groupements de Travailleurs Etrangers, nouveau nom des CTE) et l’Allemagne les transfère immédiatement sur la façade atlantique où ils vont intervenir comme travailleurs forcés par l’Occupant.

La base sous-marine de Brest

Chantier gigantesque, ayant nécessité 500 000 m3 de béton. Le maître d’œuvre est l’organisation nazie Todt, où les réfugiés espagnols (rotspaniers) sont placés tout en bas de la hiérarchie des ouvriers, avec les partisans soviétiques, les condamnés politiques, les juifs. Leur travail : transporter sur les épaules des sacs de ciment de 50 kg, 12 heures consécutives avec 30 minutes de repos pour la soupe. Les surveillants crient comme des bêtes  et n’hésitent pas à frapper. Entre 1941 et 1944 on a compté entre 5 000 et 7 000 Espagnols à Brest.

Les accidents du travail sont nombreux, les actions de sabotage également, de même que les évasions favorisées par la Résistance locale. On compte aussi des entrées dans la résistance avec 5 groupes à Brest, reliés au réseau de résistants espagnols couvrant toute la Bretagne, Los deportistas. Ce réseau est dénoncé en 1944, son chef Antonio Garcia Martin, alias Joseph Moreno  se sacrifie pour tous et est  fusillé. Les autres seront déportés, mais tous reviendront.

Témoignage d’un réfugié espagnol (Francisco Rabaneda Cuervo, plus connu sous le nom de Paco Rabanne) sur les Bretons diapo 67.