Université du temps libre "Kreiz Bro leon" - compte rendu de conférence

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Un feu sur la mer...
Louis Cozan

Conférence principalement consacrée aux phares d’Ouessant, justement nommée « l’île aux phares ». 

Les phares ont une histoire :

Le Stiff : un des plus anciens phares : construit par Vauban à partir de 1696, allumé en 1699, il est, après Cordouan dans l’estuaire de la Gironde, le plus ancien des phares en service. Au début on y brûlait des fagots, seulement d’octobre à mai.  En 1780, on y installe des réflecteurs Tourtille-Sangrain et des lampes à huile. En 1821, le réverbère est modifié avec 12 lampes paraboliques. La lanterne actuelle a été installée en 1831. Le phare a été électrifié en 1957 et automatisé en 1993.

Le Créach, construit  à l’ouest de l’île en 1863, a été pendant un temps le plus puissant au monde, et demeure un des deux plus puissants d’Europe, équipé de quatre optiques diamétralement opposées disposées sur deux étages. Grâce à lui il ne fait jamais complètement nuit à Ouessant, et sa lumière fait partie de la vie des Ouessantins.

Nividic : Mis en service  en 1936, il fut modèle international à cette époque où la France était leader du balisage marin. Premier phare en mer électrique, il était alimenté depuis une centrale construite à terre et reliée au phare par un câble suspendu à des pylônes érigés sur des rochers. Le câble ayant été arraché par la mer  le phare s’éteignit au bout de trois ans. Le phare est remis en service après la guerre mais son fonctionnement est irrégulier, à cause de la difficulté de l’accès par la mer. Désormais il fonctionne à l’électricité solaire.

La Jument : construit à l’entrée des courants violents du Fromveur, théâtre de nombreux naufrages, dont le plus connu, celui du Drummond Castle, fit 258 morts. Financé par un legs de Charles-E. Potron, membre de la société géographique de Paris. Le testament stipule que la construction doit être faite dans un délai de 7 ans, ce qui oblige à précipiter les travaux, sur une base rocheuse très étroite et accessible seulement par temps calme. Le feu est allumé le 15 octobre 1911. Dès le mois de décembre une tempête fait fendre la lentille et déborder la cuve à mercure qui soutient la lanterne.
A partir de 1914 on améliore la base du phare, on entoure de béton le fût fissuré.  En 1934 l’ingénieur Coyne décide de haubaner l’édifice au fond par trois câbles métalliques de 30 mètres de long. Mais les tempêtes continuent  de faire trembler et vaciller la Jument, qui tient toujours debout par son poids.

Keréon : construit de 1907 à 1916 sur le passage du Fromveur, en partie grâce à un don d’Amicie Lebaudy, Il porte le nom de son grand-oncle, Charles-Marie Le Dall de Keréon, guillotiné à 19 ans pendant la Terreur. Le phare a fonctionné au pétrole jusqu’en 1972, date de son électrification. L’intérieur est aménagé au moyen de matériaux de luxe et minutieusement entretenu par les gardiens. (Les 100 ans de Kéréon vus par Plisson)

Vidéo : Visite de Kéréon

Le phare du Stiff et le Créac’h ont été classés monuments historiques en 1911, le Nividic, la Jument et Keréon en 1917.

Souvenirs de gardien

Souvenir des paquebots se croisant devant Ouessant, à l’époque où le trafic passait encore par le Fromveur. Saluts échangés avec tous les marins du monde, un peu de soleil dans cette vie monotone où des deux gardiens seuls au milieu des vagues  l’un dort pendant que l’autre veille, les deux se croisant trois fois chaque jour en bâillant.

Souvenir de la relève : système spectaculaire permettant d’atteindre le phare et de le quitter par mer démontée (vidéo). Par grosse mer il fallait attendre dans le bateau, de longues heures parfois, un état propice des vagues. Les marins ont l’habitude, ils meublent le temps en parlant de choses et d’autres. Souvenir de ces deux-là qui dans la tempête parlaient de leurs patates à planter. On leur devait tout, et on pouvait compter sur eux. Ils avaient des bras solides et des yeux derrière la tête. Souvenir d’Auguste, véritable extra-terrestre, toujours placide et toujours fort. Souvenir de la vague remplissant d’un coup la vedette, et d’un homme à la mer remonté de justesse par les cheveux. Présence précieuse d’une pompe automatique pour vider le bateau. Souvenir de la vedette Velléda et de son capitaine Henri Le Gall, virtuose de la relève. La solidarité entre marins faisait des miracles.

En visitant le phare de la jument :

Matériaux de luxe (bois précieux dans les chambres et les « salons », cuisine carrelée d’opaline), autrefois méticuleusement entretenus, comme si les gardiens, impuissants à entretenir l’extérieur, se rattrapaient sur l’intérieur. (Photo Kéréon)
Même rigueur indispensable dans l‘entretien de la lanterne et des feux : entretien quotidien obligatoire, gestes précis toujours répétés sous peine d’accident. Cette rigueur est un des aspects de la grandeur du métier.
Autre obligation quotidienne : la vacation radio : les gardiens chargés de transmettre à terre deux fois par jour les données météo.

A propos des cuisines :

Cuisine étroite à la Jument, beaucoup plus vaste à Keréon. Au phare d’Ar Men,  cuisine de 2 mètres carrés, photo liée au souvenir de Jean-Pierre Abraham, universitaire et gardien de phare, auteur du livre Armen.

Jean-Pierre Abraham a fait le choix du phare d'ArMen comme on décide d'entrer dans un monastère. Ce sera le lieu de l'attente. Les mains occupées par les besognes routinières comme le moine est requis par le cycle des rites, le gardien de phare se fait guetteur de lui-même : « Si quelque chose doit surgir, ce ne peut être que du fond de moi. Et voilà que je guette encore, comme si on allait frapper à la porte ».(Source : internet).

Gardien de phare : une vie et un métier qu’on choisit.

Les phares dans la tempête :

Quand la tempête s’annonce il faut protéger les ouvertures. Au phare d’Ar Men on bloquait tout par des plaques d’acier et l’intérieur se retrouvait dans le noir.
A la Jument il n’y a pas d’ouverture sur l’ouest, on ne pouvait donc pas voir arriver le choc atteignant jusqu’à 60 tonnes de pression par mètre carré. Souvenir de l’énorme vague enveloppant totalement le phare : Après le choc, silence absolu et pénombre verte : le phare était sous l’eau.
Les gardiens sont alors spectateurs du phare qui se défend.

Ce qui est sans prix : la relation humaine avec d’autres gens qui avaient choisi ce métier. « Etrange monastère d’où la communication avec les autres était impossible mais la communion si naturelle ».

Conférence conclue par une chanson en hommage au dernier gardien du phare de la Vieille.