Université du temps libre "Kreiz Bro leon" - compte rendu de conférence

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Contes de Perrault et illustrations de Gustave Doré
Yvette RODALEC, Professeur de lettres ER

1 – Rendre compte des faits

Œuvre publiée en plusieurs étapes :
1694 : Grisélidis, nouvelle avec le Conte de Peau d’asne et celuy des Souhaits Ridicules
1695 : Histoires des contes du temps passé. Les Contes de ma Mère L’oye : La Belle au bois dormant, Le petit chaperon rouge, La barbe-bleue, Le maître chat ou le chat botté, Les fées.
1697 : Histoires ou contes du temps passé avec des moralités, les précédents avec en plus : Cendrillon ou la petite pantoufle de verre, Riquet à la Houppe, Le petit Poucet.

Les contes viennent de loin dans le passé et de tous pays par la tradition orale. Perrault s’en empare et les traduit dans une écriture remarquable, suscitant les critiques de ses contemporains : un académicien écrivant ce qu’on considérait alors comme des billevesées, des contes pour enfants !
Cette polémique est un élément de la Querelle des Anciens et des Modernes : la culture populaire opposée à la culture savante, contes populaires opposés aux mythes anciens.
Perrault se défend, revendique les contes comme des œuvres utiles et qui instruisent.
Pour lui les contes doivent être dits : comparer les frontispices de 1697 (la grand-mère dit les contes aux enfants) et de 1862 de G. Doré (on est passé à la lecture). D 9 et 13.

2 – Les contes défaits (analyse)

Le merveilleux est omniprésent dans les contes. Les animaux parlent, les rois épousent des bergères, rien n’étonne.

Les fées, « nom honnête des sorcières et enchanteresses » font partie de l’imaginaire collectif immémorial. Omniprésentes, elles interviennent auprès des filles comme substitut maternel, souvent bienfaisantes, parfois méchantes (La belle au bois dormant). Elles peuvent aussi éprouver les humains (conte Les fées)
Les ogres appartiennent au monde sauvage et barbare, au temps révolu. Géants cannibales à rapprocher des mythes grecs (cyclopes).
Les objets magiques : baguette des fées, clé magique de Barbe Bleue impossible à nettoyer, bottes de sept lieues.
Le temps : différent du présent (« il était une fois »). On met à distance l’angoisse et la peur, pour le plaisir de vivre en imagination « en ces temps-là ».
Ce qui n’empêche pas les références historiques et sociologiques : misère du peuple, abandon d’enfants ; louange du prince (et indirectement de Louis XIV) ; Barbe-Bleue inspiré de Gilles de Rais ?

Lieux stéréotypés : Le village représente la civilisation, la forêt est le lieu sauvage, angoissant, obscur, imperméable, où tout peut arriver. Lieu des brigands, des sorcières mais aussi des ermites, des animaux sauvages. Lieu des épreuves à surmonter, des métamorphoses. Lieu de l’inconscient
Le château : lieu du pouvoir, mais aussi des illusions, de l’apparence (cf. Le chat botté : beauté du château qui abrite un ogre ; idem dans Barbe Bleue où la richesse et la beauté des lieux et fêtes ne laissent pas deviner un monstre).
La cabane où vit le pauvre paysan : lieu de pauvreté mais aussi refuge.

Personnages : l’enfant en proie à la violence des adultes, et luttant pour survivre à son enfance : le garçon réussit (Petit Poucet), la petite fille mourra (Petit chaperon rouge). Les véritables héros des contes sont les enfants.
Prédominance des femmes, à qui s’adresse la morale. Sainte nitouche insipide ou femme acariâtre, souvent victime du père.
Beaucoup de violence dans les rapports du couple. La femme soumise devient un exemple à suivre.

En résumé : le conte abonde en substituts métaphoriques qui permettent à l’enfant de trouver des solutions aux situations qu’il rencontrera.
Sa lecture suscite un mélange de plaisir et d’effroi.

Conclusion morale : la méchanceté est punie, la vertu récompensée.

3 - Les contes refaits par Gustave Doré

Gustave Doré (1832-1883) a mis son talent extraordinaire au service des contes. On notera que 11 illustrations seront consacrées au Petit Poucet. La forêt est un thème omniprésent. Jean Cocteau dans son film La Belle et la Bête (1946) s’inspirera des illustrations de Doré entre autres, celles du Chat botté (masque de la Bête) et de La Belle au bois Dormant (scènes d’allées, architecture…), et des effets de clair-obscur

Quelques exemples :

Le petit chaperon rouge (d 23-25) : naïveté de la petite fille non avertie, qui se laisse prendre aux propos enjôleurs et qui « voit le loup » au sens tragique de l’expression.
Le petit poucet : la forêt, force écrasante enveloppant des enfants tout petits (d 28-29) ; le château de l’ogre : menace conjuguée du minéral et du végétal ; femme de l’ogre et lumière se voulant protectrice (d 34) ; personnage vulgaire de l’ogre aux yeux exorbités, à l’opposé de son épouse au profil de madone (d35).
Le chat botté : L’intelligence en pleine action : le chat appelle au secours pour son maître qui soi-disant se noie (d 45) ; harangue aux paysans : occasion de peindre le monde rural (d 47) : château de l’ogre dans la forêt : thème récurrent (d 48) ; le chat face à l’ogre : l’énorme méchant victime du petit rusé (d 49).
La belle au bois dormant : la végétation envahit le château (d 52) ; arrivée du prince dans un décor d’un autre temps, gestes interrompus par le sommeil (d 56-57).
Cendrillon : la fée sous l’apparence d’une vieille femme (d 60) ; le bal et la pantoufle de verre : costumes de « en ce temps-là » (d 61-62).
Peau d’âne : Le roi et l’ermite casuiste : l’ermite sous les traits d’un druide renverrait-il au temps très lointain des celtes (d 65).