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Enjeux éthiques de l'humanitaire
Docteur Le Nen - Professeur et chirurgien au CHU de Brest

Définitions :

 Les termes « humain, humanité, humanisme, humanitaire » sont inséparablement liés. Au XVIe siècle la Renaissance humaniste avait pour centre l’être humain et ce qui le différencie de l’animal, la culture.  Au sens actuel l’humanisme est une philosophie qui se donne pour fin l’épanouissement de l’homme : faire preuve d’humanité. Et l’adjectif humanitaire désigne ce qui lutte pour le bien et le respect de l’homme.
En ce sens la médecine est humanitaire dans son essence même. En témoignent les exigences contenues dans le serment d’Hippocrate : Probité, désintéressement, compétence, dévouement, respect du patient. Avec le principe : d’abord ne pas nuire, ensuite soigner.
La médecine humanitaire intervient dans trois situations :

- les crises générées par les conflits armés, les catastrophes naturelles,  les situations de postcrise, la crise migratoire.
- l’indigence sanitaire liée au sous-développement (pays dits du Tiers-Monde)
- la misère sociale dans les pays développés (crise sociale actuelle)

 Le lien entre humanitaire et éthique se situe à deux niveaux, ou répond à deux questions :

- la première, « pourquoi je fais de l’humanitaire » situant la réflexion en amont de l’action 
- la deuxième, « dans l’action humanitaire », des situations particulières aboutissent à des réflexions sur des problèmes mettant en jeu des valeurs morales, initiant une analyse du ou des problèmes et une ébauche de solution (s) .

Historique :

Fondation de la Croix-Rouge : Henry Dunant, homme d’affaires suisse humaniste, est témoin par hasard de la bataille de Solferino (1859), et s’indigne du sort fait aux blessés abandonnés sur le champ de bataille. Il organise un hôpital dans une église d’un quartier populaire et se dévoue sans compter pendant plusieurs jours, invitant les femmes à soigner tous les blessés, sans distinction de nationalité.
Trois ans plus tard, il publie Un souvenir de Solferino, où il évoque « les agonies de cette horrible nuit ». Son projet est à l’origine du Comité international de secours aux militaires blessés (1863) qui deviendra plus tard le Comité International de la Croix Rouge.
Le
22 août 1864 est signée la première Convention de Genève « Convention pour l’amélioration du sort des militaires blessés dans les armées en campagne »

Après la Seconde Guerre mondiale et ses 60 millions de morts :

Création de l’ONU (1945) et de plusieurs branches humanitaires :

- UNICEF (1947) pour porter secours aux enfants dans les pays touchés par la guerre,
- UNHCR  (Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés) et sa branche pour les Palestiniens, l’UNRWA (résolution 302 de décembre 1949 )
- OMS

Conflit du Biafra (1967-1970)

Les « french doctors » envoyés par la Croix Rouge rompent la loi de neutralité et de silence, et dénoncent ce qu’ils croient être un génocide.

En 1971 création de Médecins Sans Frontières par Bernard Kouchner et 12 autres fondateurs, avec pour projet de rendre l’action humanitaire indépendante des états. Ils font du témoignage une de leurs principales forces d’action, et interviennent dans les conflits qui se multiplient. Leurs principes :

1. L’action médicale
2. Le témoignage, complément indissociable
3. Le respect de l’éthique médicale
4. La défense des Droits de l’Homme
5. Le souci d’indépendance
6. Un principe fondateur : l’impartialité
7. Un esprit de neutralité
8. Responsabilité et transparence
9. Une organisation de volontaires
10. Un fonctionnement associatif

Le 8/12/1988, sous l’impulsion de la France, l’ONU vote la résolution d’« Assistance humanitaire aux victimes des catastrophes naturelles et de situations d’urgence du même ordre ». Elle permet :

- Le libre accès aux victimes, sans entrave de l’État touché, ni des voisins
- Une assistance limitée à « prévenir et soulager la souffrance des hommes », et prodiguée sans discrimination à toute personne dans le besoin
- Une assistance limitée dans le temps (à la durée nécessaire aux secours), dans l’espace (les seuls trajets d’accès), dans l’objet (soins, médicaments, matériel médico-chirurgical et nourriture, sans autre assistance).

Principes :

Pourquoi faire de l’humanitaire ?

C’est une expérience socialement valorisante, qui permet l’observation et la prise en charge de pathologies nouvelles, met en œuvre les valeurs humanistes, se situe aux antipodes d’une médecine comptable. Elle fait appel au don de soi, et satisfait le goût de voyager, de découvrir d’autres cultures.

Les erreurs de l’engagement humanitaire :

À éviter : l’engagement politique qui fait du patient un simple moyen, l’attitude « néo-colonialiste ».
Nous n’avons pas à imposer notre médecine, notre éthique, notre culture, sous prétexte que nous les jugeons universelles.
Exemples : accepter qu’il existe des médecines traditionnelles, qui interviennent parfois conjointement avec la nôtre. Respecter le plus possible les contraintes d’ordre religieux.

Que fait l’humanitaire ?

Évaluer les besoins de la population, les résultats des actions sur place, mettre en place des actions de prévention (tuberculose, maladies tropicales, sida, drogue…), soigner, et aussi transmettre son savoir et ses techniques, et former du personnel capable d’agir sur place.

Quelques actions humanitaires :

Mécénat chirurgie cardiaque : prend en charge des enfants du monde, pour qu’ils soient accueillis en France, opérés, puis ramenés dans leur pays après une convalescence en famille d’accueil.
Handicap international, ONG d’abord destinée à venir en aide aux réfugiés dans des camps au Cambodge et en Thaïlande, et  depuis 1992 totalement impliquée dans la Campagne internationale pour interdire les mines. Co-lauréate du prix Nobel de la paix en 1997.
Opération sourire : fondée par le Dr François Foussadier en 1989 au Cambodge, traite les malformations congénitales, les fentes labio-palatines « bec-de-lièvre »), les brûlures (femmes vitriolées), les séquelles de traumatismes de guerre, les tumeurs, le noma, forme de gangrène du visage qui touche principalement les enfants souffrant de malnutrition.

Les qualités requises pour l’action humanitaire : compétence médicale, responsabilité, disponibilité, continuité dans l’action, regard critique et humble.

Le respect de la culture de la population requiert des capacités d’adaptabilité. Exemple : comment se comporter en présence du patient musulman, sans heurter ses pratiques ni ses croyances.
Il faut aussi s’adapter aux conditions de vie peu confortables, aux risques encourus, à des pathologies différentes, voire nouvelles, à des pratiques médicales différentes, au contexte géopolitique.

Les limites de l’action humanitaire :

- Quelle attitude adopter face à des pratiques que nous jugeons criminelles : mutilations sexuelles (excision ou infibulation) ; infanticide des filles en Inde ?
- L’égalité entre patients
est une valeur universelle, ancrée en chaque médecin, de toute culture, de tout temps. Or les circonstances imposent souvent le nécessaire et injuste tri des patients. Le triage des blessés en temps de guerre impose une réelle neutralité en ne tenant compte que de facteurs médicaux, à l’exclusion d’autres facteurs (âge, appartenance à un groupe…).
- Le médecin doit soigner bourreau comme victime. Il n’est ni juge ni justicier, ni financier ni administrateur, il ne peut faire la morale, ni dénoncer, ni refuser le soin : Attitude découlant des principes d’égalité entre les patients, mais aussi du secret médical.
- Neutralité ou témoignage ? Témoigner au nom du principe d’indépendance par solidarité humaine et non politique ; témoigner si cela peut améliorer le sort des populations en danger ; témoigner de faits sans entrer dans la dualité du pour et du contre.
- Une autre forme de témoignage : le ressenti : En tant qu’homme, père, chirurgien, dire la solidarité humaine devant l’incompréhensible.