Université du temps libre "Kreiz Bro leon" - compte rendu de conférence

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Amour sacré et passions profanes
Bernard Rio, historien du patrimoine, écrivain, journaliste

L’image licencieuse ne se réduit pas à une vulgaire exhibition

A l’image du temple hindou le sanctuaire breton est « un centre de communication entre deux mondes qui se côtoient et s’entremêlent et pourtant s’ignorent » (Alain Daniélou, Le temple hindou).
Supposer que le phallus ou la vulve exposés au vu et au su de tous est un divertissement d’artisan ou une représentation du péché, c’est méconnaître la structure du sanctuaire et la pensée traditionnelle.

L’amour charnel peut aussi s’avérer spirituel.
Le langage des bâtisseurs … se réfère à une culture structurée, associée à la mythologie et au folklore.
Il s’inscrit dans une longue durée depuis la préhistoire.

Cet art dans les chapelles est hors du temps. Il est une manifestation sacrée, l’écho d’une civilisation où se conjuguent l’élan terrestre de la grande déesse honorée par le peuple des mégalithes et la flamme céleste des pasteurs indo-européens.

Il n’y a pas au Moyen Age une opposition absolue entre le sacré et le profane. La séparation qui va apparaître et s’accentuer au cours des siècles ultérieurs … introduit l’idée d’une dualité entre la chair et l’esprit. De cette distinction naquit une confusion intellectuelle où la honte, la violence et la dévotion prévalurent sur la beauté, l’équilibre et la connaissance.

En modifiant sa façon de penser et sa manière de se comporter, l’homme a refermé la porte du temple intérieur. Il a nié la chair ou déifié l’esprit et vice-versa, se réfugiant dans les extrêmes de la concupiscence et de la mortification, de la pulsion et de la raison.

Illustrations :

Le phallus  comme symbole

Phallus à pattes et clochettes   : porte bonheur hérité de la culture gallo-romaine
Le chien au phallus dans la gueule
(12) : dans le langage imagé des compagnons le chien représente le compagnon,  le lapin est l’apprenti, le singe est le maître. Ici le phallus dans la gueule peut signifier la maîtrise des pulsions.
Plus généralement le symbole phallique est dans la continuité des menhirs anciens, lien entre terre et ciel ou pierre à marier (d20)

Quelques personnages symboliques

La fée, « bonne dame », devenue Notre Dame, souvent rencontrée à la fontaine

La sirène, personnage intermédiaire entre deux mondes, avec ses attributs le peigne et le miroir. Le peigne dénoue, transforme l’hirsute en beau ; le miroir permet de voir ce qui est caché derrière soi, fenêtre pour se connaître et pour renaitre. (d 18 à 34)
La sirène est la plupart du temps opposée à la Sainte Vierge : la divine mère s’oppose à l’être démoniaque qui se dévoile et montre son sexe, comme la sirène bifide (d 37). La sirène exhibe toujours ses seins nus.

La femme elle-même est « libérée », dévoilant sa nudité sans complexe. (d 38 à 41)

La statue de la Vierge allaitante est souvent représentée foulant aux pieds une sirène démone, comme la Vierge de Ploubezre, victorieuse du croissant de lune et de la sirène. (d34)

Le fou avec son grelot et sa marotte (d 42) : personnage du carnaval où le monde est à l’envers : lui-même est l’envers du roi avec son sceptre. Scènes de carnaval : l’oiseau dont le bec pénètre le cul du fou : le souffle purificateur pénètre par le mauvais bout (d 46). Un homme nu s’empare du plat d’étrons au derrière d’un chieur : étrons ou écus d’or (d 45)? Le lèche-cul se met lui-même à l’envers (53).