Université du temps libre "Kreiz Bro leon" - compte rendu de conférence

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La confrontation des grandes puissances sur le continent africain
Alain Collas

1 - Le point sur le continent africain

Trois certitudes : l’Afrique connaît un essor démographique très important : sa population sera doublée dans 50 ans ; à condition d’être mise en valeur la terre africaine peut nourrir cette population ; le pays est potentiellement riche en minerais de toute sorte, nécessaires aux nouvelles technologies.
Par ailleurs il y a beaucoup d’incertitudes :
Inégalité et pauvreté : la carte de l’IDH (indice de développement humain, fondé sur le PIB par habitant, l'espérance de vie à la naissance et le niveau d'éducation des enfants de 15 ans et plus) révèle le contraste entre les pays : nord et sud plus favorisés que le centre (d3). Raisons de ce déséquilibre :

1 - la sécheresse, accentuée par le dérèglement climatique.
Exemple de la ville du Cap en manque quasi total d’eau douce.
La sécheresse ne peut se combattre que par des moyens traditionnels (creusement de puits, irrigation). Construire de grands barrages serait un désastre. Alors que l’état de famine est constamment latent, les pays européens sacrifient l’agriculture africaine : subventionnés par l’Europe ils profitent du changement d’habitudes alimentaires pour exporter à prix bas leurs produits, qui concurrencent la production locale. Celle-ci est abandonnée, de nombreux terrains restent en friche.
Ce sont les pays africains qu’il faudrait subventionner.

2 - L’urbanisation qui entraîne une plus grande consommation en eau et un changement des habitudes alimentaires. L’urbanisation peut se faire à l’occidentale : un centre d’affaires relativement prospère, autour duquel s’agglutinent des bidonvilles misérables (exemple de Lagos d7-8) ; ou de façon spontanée : exemple de Nouadhibou, port créé de toutes pièces en Mauritanie pour permettre les exportations par voie maritime (d9). Chacune de ces situations crée des tensions sociales.

Le regard à porter sur l’Afrique est ambigu : il y a des signes de développement, et juste à côté une population délaissée, victime de la modernisation. Même les pays considérés comme émergents ont du mal à le rester (exemple de l’Afrique du Sud, actuellement en régression).
Afrique en route vers le développement? Ou condamnée à rester en marge de la mondialisation qui se fait autour de l’informatique, et se caractérise par une urbanisation de plus en plus littorale ?

2 - Le poids de l’histoire

La colonisation :

Dès le XVIIIe siècle les pays européens avaient des comptoirs en Afrique (commerce, trafic d’esclaves). Au XIXe siècle chacun cherchait à étendre son influence. Le risque de tensions guerrières amena Bismarck à convoquer la conférence de Berlin (novembre 1884-février 1885). On y partagea les zones d’influence en découpant géométriquement les territoires, sans tenir aucun compte de la réalité du terrain (ethnies différentes, déplacements nomades). Ces frontières, qui n’ont aucun sens pour les populations, sont restées les mêmes au moment de l’indépendance.

Les empires africains du passé (du XIIe au XVe siècle) :

Deux grands empires principaux : Ghana et Mali. Ils couvraient de vastes territoires. On en a longtemps ignoré l’existence, faute de documents écrits.Ils ont été étudiés récemment par des savants africains. Ils ont disparu au XVe siècle du fait des pratiques d’esclavage : chaque chef captait les meilleurs de ses ennemis et les vendait comme esclaves. Chaque empire se voyait ainsi épuisé jusqu’à la ruine.

L’implantation des religions :

Les envahisseurs arabes et les colons étaient accompagnés de religieux missionnaires, qui ont substitué leurs religions respectives (islam, catholicisme, protestantisme) aux cultes traditionnels.
Cette division en trois zones d’influence se retrouve aujourd’hui dans les conflits. Exemple au Mali, combats entre le nord musulman et le sud catholique ou protestant.
Années 1960 : les nations africaines accèdent à l’indépendance. Durant les années 1970 – 1980 l’Afrique paraît calme et pacifiée. Les grandes puissances lui portent une aide massive pour éviter un déséquilibre qui ferait de l’Afrique un enjeu de la guerre froide.
1989 : chute du mur de Berlin, suivie de la disparition de l’URSS. Le risque disparu, plus besoin de financer massivement l’Afrique. Les pays occidentaux accordent des financements moyennant l’accès à la démocratie. On organise donc des élections, qui sont la plupart du temps contestées et font naître durant les années 1990 des conflits ethniques et religieux qui cassent le développement.
Après les attentats d’origine islamiste l’Afrique redevient un enjeu ; on recommence à la financer pour freiner l’islamisation.

3 - Implantation des grandes puissances :

Américains :

Après les attentats de 1901, pour éviter l’expansion de l’islamisme ils financent massivement des gouvernements qui semblent solides contre le terrorisme : armement, financement économique pour éviter les conflits sociaux.
Leur but est aussi de capter les richesses africaines pour l’Amérique. Dès 1959 ils ont déjà disputé aux Français l’exploitation du pétrole saharien.

Chinois, Indiens, Vietnamiens (années 2000 – 2010) :

L’implantation d’usines chinoises en Afrique est considérée par certains comme une aubaine : apport d’argent, création d’infrastructures, emplois. Ils s’implantent à l’est du continent, dans des dictatures, systèmes où Français et Américains n’interviennent pas. En fait les employés d’usine sont chinois (d 11) à salaire plus faible qu’en Chine, les infrastructures sont faites par des ouvriers chinois, et les Chinois, profondément racistes, ont des comportements pires que celui des anciens colons.
Actuellement la tendance est plutôt à négocier avec le Viet-Nam ou avec les Indiens, plus généreux , plus coopératifs.
Entre les puissances l’enjeu est la captation du vote des pays africains à l’ONU.

Le problème des migrants :

Les Africains seront 1 500 000 en 2030, 2 milliards en 2070. Il faut s’attendre à des centaines de milliers de migrants si on ne fait rien. L’Europe se divise sur « qu’est-ce qu’on fait des migrants ? ».
Aucun débat sur « quelle aide apporter à l’Afrique ? »
Le problème est lié aux trafics de drogue et de tabac (d 15-16), les trafiquants sont les mêmes, et de plus en plus en lien avec les islamistes. La dernière puissance en train de s’implanter en Afrique est Daech.

Conclusion :

- L’Afrique, un continent dévasté par les conflits. La concurrence économique et politique entre continents y a trouvé un nouveau terrain d’affrontements. Leur présence est une nouvelle forme de colonisation, en apparence facteur de progrès, mais en fait assujettissant les peuples africains.

- L’Afrique, terrain de combat pour les islamistes, qui progressent et multiplient les attentats.

- L’Afrique et ses urgences : le manque d’eau, une agriculture à redynamiser, tâche plus importante que de donner des bateaux de guerre.