Université du temps libre "Kreiz Bro leon" - compte rendu de conférence

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La santé de la mer
Nicole Devauchelle - Ex Directrice d'Ifremer

I – Ce que sont les océans sur terre.
Les océans occupent 71% de la surface du globe, mais leur profondeur (11 km maximum) est minime par rapport à la totalité du rayon du globe (6378 km). Leurs fonds présentent une grande diversité. Au début rassemblés en une seule masse ils se sont progressivement séparés du fait de la dérive des plaques, et ce système dynamique pourrait selon certains les rassembler de nouveau.
A part deux mers fermées (mer Caspienne et mer d’Aral) les océans sont connectés les uns aux autres dans un ensemble global où tout est brassé. On y constate cependant des diversités : salinité, température, taux de chlorophylle, peuplements. Le taux de chlorophylle relié aux végétaux est une donnée de base qui permet de mesurer la capacité nutritive. La chlorophylle est surtout présente le long des côtes.
Parmi les espèces marines il y a ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas si ce n’est au microscope (plancton, bactéries). On découvre progressivement les espèces vivant dans les grands fonds, parmi lesquelles certaines arborent des couleurs inattendues, en particulier les invertébrés. Seulement environ 10% des espèces marines sont connues.
Les océans sont le lieu d’échanges oxygène↔CO2. Les rejets atmosphériques croissants de gaz (CO2, méthane, autres gaz) sont en grande partie à l’origine de l’effet de serre et du déséquilibre des échanges atmosphère-océan. Ils jouent ainsi un rôle en faveur du réchauffement climatique.

 2 – Les océans et l’homme
Depuis moins de 1000 ans, l’homme explore l’océan de manière intense dans un but de conquête territoriale et économique (ex : grandes découvertes à partir du XVème siècle). Jusque-là les déplacements sur mer se limitaient au cabotage. La naissance de l’océanographie, comme science, est encore plus récente (XIXème siècle).
Les humains se sont répartis dans le monde entier à partir de l’Afrique. Leur nombre augmente à  grande vitesse (1 milliard en 1800, 8 milliards prévus en 2026). 80% de cette population habite à moins de 100 km du littoral. D’où l’impact direct des activités humaines sur l’état des océans et leur attractivité:
- Augmentation du volume des consommations en énergie et en alimentation. La consommation alimentaire a doublé en 50 ans → extension des zones de pêche et recours à l’aquaculture.
- Intensification du trafic maritime avec tous les risques que cela comporte.
- Télécommunications : 90% des échanges intercontinentaux se font par câbles sous-marins.
- Prospection pétrolière : offshore jusqu’à plus de 2000m de fond, dans des zones où la reproduction des espèces est très lente. Il est important de respecter la dynamique et les équilibres deces espaces sensibles.
- Développement de l’énergie renouvelable. Chez nous le développement d’éoliennes  posées se heurte au petit nombre de sites propices (trop grandes profondeurs courants….). L’installation d’éoliennes flottantes permettrait de développer des parcs loin des côtes malgré la profondeur, sans gêner la pêche notamment et sans diminuer l’attrait touristique. Par ailleurs des hydroliennes sint à l’essai. D’autres systèmes de production d’énergies renouvelables sont recherchés.
- Recherche de médicaments : exemple d’une entreprise bretonne qui extrait de la gravette des molécules capables de lutter contre les maladies du sang.
- Fréquentation touristique en constante augmentation.
Note : Une zone économique exclusive (ZEE) est, d'après le droit de la mer, un espace maritime sur lequel un État côtier exerce des droits souverains en matière d'exploration et d'usage des ressources. Elle s'étend pour chaque Etat jusqu'à 200 milles marins (environ 370 km) de ses côtes au maximum. Une extension est possible si le plateau continental s’étend au-delà de 200 miles. Sur ce point la France est bien placée grâce à ses nombreux territoires insulaires.

 Quelques conséquences fâcheuses de l’activité humaine :
-La demande croissante entraîne une diminution des débarquements de pêche et une forte augmentation du prix des aliments.
- L’aquaculture peut avoir des effets néfastes : usage de colorants (saumon) et d’antibiotiques, qui passent dans l’alimentation ; destruction des fonds marins sous la couche d’excréments issus de l’élevage (Chili au moment du développement de l’élevage intensif)). Noter qu’intensif signifie souvent risques de pollution.
Effets des pesticides : exemple des coquilles Saint jacques : coloration brune signant un vieillissement précoce,  déformations de la coquille, amaigrissement du mollusque, concentration de pesticides dans les gonades Ce phénomène fut étudié en rade de Brest dans les années 1990-1995 et reproduit en laboratoire. En laboratoire aussi on a constaté chez les huîtres et les coquilles Saint Jacques une progression anormale des spermatozoïdes sous l’effet de la pollution, ce qui conduit à une diminution de la fertilité.
Des anomalies de larves et de juvéniles sont un risque en aquaculture. Elles sont dues à plusieurs facteurs : pollution, chocs, oxygénation trop faible ou trop abondante des bassins d’élevage, alimentation inadaptée, sensibilité aux maladies… A noter : les résultats des travaux de recherche ont un impact très positif sur la diminution de ces anomalies.
- Accidents pétroliers, parfois corrigés au fil des temps par la grande capacité de résilience de la mer mais toujours d’actualité et contre lesquels la lutte est permanente (voir l’action du CEDRE positionné à Brest et celle de la marine nationale).
- Accumulation de déchets (le « 7ème continent » fait de déchets plastiques).
- Volonté d’exploiter les nodules métalliques présents dans les grands fonds, milieu où les changements sont très lents, et où la trace d’un chalut demeure visible après plusieurs dizaines d’années.
- La biodiversité est d’ores et déjà menacée : espèces menacées et disséminées : tortues, thon rouge, requins et raies, coraux…

3- Que faire ?
Il est difficile et sans doute pas souhaitable de freiner l’activité humaine. Il  faut :

Mesurer les risques afin de les pallier au mieux. Principaux risques :

          Destruction et pollution des habitats et écosystèmes,

          Surexploitation des ressources,

          Changement climatique global

          Dissémination des espèces qui a pour conséquences de pousser la machine Océan dans ses limites, et de porter atteinte à la sécurité alimentaire, climatique et à la santé humaine.

Poursuivre une réflexion  commune aux usagers de la mer, et pour laquelle on dispose d’atouts majeurs :

          Joyaux de l’industrie (Total, Technips, DCNs, Alcatel submarine, sociétés émergentes, ….),

          L’Etat (le Secrétariat général à la mer, La Marine, les Dirm, les agences de l’eau, les centres de recherche océanologiques, les universités…..),

          Clusters, groupements, conseils, comités mixtes : le cluster maritime francais 2006 ;  les pôles de compétitivité Mer, conseils économique, social et environnemental….

          Le grand public, qui s’intéresse aux questions maritimes.

          L’Europe : des océans sains et productifs, Directive Cadre Stratégie Marine….

Des accords internationaux droit de la mer, biodiversité ; des organisations internationales.

Surveiller, protéger - Exemples de réalisations positives :

Les sondes Argo qui se multiplient. Elles sont une source importante d’informations.
Listage des activités pour permettre à chaque corps de métier de s’y retrouver (rôle de la marine nationale).
Suivi de la qualité des eaux (DCSMM/ Directive Cadre Stratégie pour le Milieu Marin)
Création d’aires marines protégées.
Aménagement des bords de mer.
Limitation de la taille des poissons pêchés, quotas, filets sélectifs.
Etudes d’impacts associées aux projets d’exploitations énergétiques

On est peut-être à un tournant au XXIème siècle, où les opportunités sont multiples  (pétrole, gaz, minéraux, source d’eau douce, biotechnologies, augmentation des échanges, surveillance des océans, gouvernance partagée) , mais aussi les menaces ( conflits d’usage, de territoires et concessions, piraterie, menaces écologiques et alimentaires).

La mer est source de richesses, le tout est de consommer et exploiter raisonnablement.