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La Russie de Poutine
Alain Collas, Docteur en Histoire

Introduction

Le règne de Pierre Premier (1682-1725) est la base et l’origine de l’époque moderne en Russie. Il est le premier Tsar à ouvrir son pays vers l’Ouest et à s’en inspirer pour introduire chez lui des changements. Un voyage de deux ans le conduit à trouver des modèles : l’Angleterre pour les institutions, Venise pour le système bancaire, Les Pays-Bas (où il s’engage incognito dans un chantier naval) pour la marine. De retour en Russie il engage des réformes pour occidentaliser le comportement quotidien (vêtement, visage rasé), les institutions (jusqu’à un certain point), les circuits financiers. Nommé premier empereur de toutes les Russies, fondateur de la ville de Saint Pétersbourg, il donne à son pays l’image d’une grande puissance face aux occidentaux.
Deux principes à respecter absolument en géopolitique :
- ne pas permettre à l’émotion ou à la morale de fausser l’analyse.
- regarder le pays non de l’extérieur avec nos yeux, mais de l’intérieur avec les yeux de ses habitants.

Les années 1991 -2000 - parcours de Poutine

L’URSS disparaît brutalement en 1991 et avec elle l’ « empire russe ». Agent du KGB en poste à Berlin jusqu’en 1991, Poutine réapparaît en 1992 dans l’entourage du maire de Saint Pétersbourg. Chargé des relations commerciales avec l’Occident, il est l’une des plus fortes personnalités émergentes après la chute de l’URSS. En 1993 il exerce la même fonction dans l’entourage de Boris Eltsine, président élu de la nouvelle république. En 1995 il est en tête du service de renseignements russe (FSB), puis choisi comme premier ministre par Eltsine. Au bout de son deuxième mandat ce dernier, pour s’assurer une succession qui lui éviterait d’être éclaboussé par des scandales, propose un marché à Poutine : il en fait le candidat officiel et Poutine s’engage à ce qu’il n’y ait aucun procès. Engagement toujours tenu jusqu’ici. Poutine est élu en 2000 avec 52% des voix. Sa politique obtient depuis l’adhésion massive de la population (cote de popularité entre 75 et 83%).

Au début de 1992 Eltsine a fait passer le pays de l’économie socialiste à une privatisation massive des entreprises, entraînant licenciements et chômage. Le système de santé, les écoles, l’armée  sont privés de financement, la paupérisation se généralise, mise à part une minorité d’oligarques qui bâtissent d’immenses fortunes. Pays sombrant dans la misère, la Russie perd son poids international. Eltsine sombre dans l’alcool, prend des décisions sans aucune consultation, les pays satellites adhèrent progressivement à l’OTAN. Ultime choc : l’humiliation de l’armée russe en Tchétchénie.

En campagne électorale Poutine s’engage à rétablir la prospérité et l’image de la Russie dans le monde, à prendre la revanche sur les Tchétchènes, à limiter le pouvoir des oligarques. Programme qu’il s’emploie depuis à mettre en œuvre.

Les forces que Poutine incarne

- l’ancien KGB : membres des services de sécurité et d’espionnage du temps de Gorbatchev, les anciens du KGB étaient  seuls conscients de la fragilité de l’URSS, seuls à voir ce qui se passait à l’étranger, puisqu’ils y étaient présents. Ils voyaient de près l’opposition entre les modes de vie de part et d’autre. Dès les années 70 le KGB cherchait un homme fort capable d’engager des réformes. D’où le choix par Iouri Andropov, président du KGB , d’abord de Gorbatchev puis, après l’échec de Boris Eltsine, de Vladimir Poutine, avec l’objectif de refaire de la Russie une grande puissance.

- Gazprom : puissante société d’exploitation du gaz naturel, immense richesse de la Russie. Les postes clés du gouvernement sont pour la plupart occupés par des anciens de Gazprom. Dimitri Medvedev, qui partage le pouvoir avec Poutine, est directeur général de Gazprom.

Poutine et Medvedev sont deux personnalités différentes, l’un est violent, voire grossier, l’autre est un universitaire au comportement « feutré ». Mais il n’y a entre eux aucune divergence politique.

Poutine réalise son programme à la satisfaction des Russes. A l’international il est devenu une personnalité incontournable. Aux yeux de la population il a redressé le pays. Seule une petite minorité s’élève contre son statut de dictateur.

Il s’attaque aux oligarques : exemple de Khodakhovsky, concurrent de Gazprom, éliminé à la manière stalinienne sous prétexte de contacts avec les USA et de détournement de fonds. Son entreprise a été récupérée par Gazprom.

Sa politique est soutenue financièrement par l’exportation de gaz. Même si l’économie souffre momentanément de l’effondrement des prix, et si le projet d’une « silicon valley » russe n’a pas été pris en compte, Poutine s’est assuré d’autres débouchés commerciaux : Allemagne , et en projet Italie, Roumanie, Bulgarie pour le gaz ; orientation vers le marché chinois.

Enjeux et objectifs 

- Pour devenir une grande puissance politique, économique et militaire la Russie cherche depuis toujours à s’étendre vers la Méditerranée et l’Océan Indien. Objectif repris par la Russie de Poutine.

Stratégie : avancer lorsque l’occasion se présente, reculer au besoin mais maintenir certains résultats. Exemple de la Géorgie en 2008. Occasion : les jeux de Pékin, manifestation de puissance du côté russe, alors que les occidentaux sont empêtrés dans la crise économique. La Géorgie, dirigée depuis 2005 par un pro-américain, demande son adhésion à  l’OTAN. C’est inconcevable pour Poutine, ancien membre du KGB fondamentalement opposé aux USA. L’armée russe marche sur Tbilissi, recule sous la pression des pays occidentaux, mais un dirigeant pro-russe prend le pouvoir en Géorgie et reconnaît l’indépendance des peuples frontaliers.

Même type de stratégie pour la Crimée et l’Ukraine.

- Pour souder la population derrière lui Poutine joue la carte des traditions russes. Exemple : soutien à l’église orthodoxe, participation bien visible aux fêtes religieuses, financement de la construction ou rénovation de nombreux lieus de culte.

- Du côté des relations extérieures, création d’un réseau d’alliances avec l’Asie, en premier lieu avec la Chine. L’Organisation de Coopération de Shanghai regroupe la Russie, la Chine, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et l'Ouzbékistan. Elle a été créée à Shanghai les 14 et 15 juin 2001 par les gouvernements de ces pays. La coopération se veut économique, militaire, diplomatique. Autour de l’organisation gravitent des « nations invitées », dont l’Iran.

Deux fragilités :

- Baisse de la population, qui se révèle insuffisante pour mettre en valeur les richesses potentielles.
Cette baisse est due à l’importance de la mortalité (espérance de vie en recul). D’autre part les femmes sont peu attirées par une population masculine en proie à l’alcoolisme.

- Crainte du terrorisme islamique : foyer très actif, alimenté en particulier par le ressentiment du peuple tchétchène, et d’autre part possibilité que dans une des républiques musulmanes anciens membres de l’URSS un islamiste radical prenne un jour le pouvoir. D’où la volonté de Poutine de s’opposer à l’islamisme radical : c’est la vraie raison de son intervention en Syrie.

A retenir en conclusion :

- Poutine est soutenu massivement par le peuple : pas de force d’opposition organisée, donc pas de menace interne.
- La Russie est redevenue une grande puissance, et Poutine est en passe de devenir une force de proposition à l’international.
- Ne pas sous-estimer la force prodigieuse de l’Organisation de Coopération de Shanghai.