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Prévert, du scénariste au poète.
Olivier Macaux

Jean-Louis Trintignant a placé Prévert parmi les « poètes libertaires », avec Boris Vian et Robert Desnos. Prévert partage en effet avec Desnos un lien avec le surréalisme, avec Boris Vian l’appartenance au « collège de pataphysique » fondé par Alfred Jarry en contrepoint ironique de la sérieuse métaphysique. Rétif aux épithètes, il n’accepte aucune limitation à la liberté du poète, à l’imaginaire, au pouvoir des mots. Délaissant l’esprit de sérieux, il entraîne un rire libérateur qui peut basculer vers une dimension plus trouble et inquiétante.

Les débuts

Naissance à Neuilly en 1900. En 1906 le père perd son emploi : pour la famille graves ennuis d’argent, départ pour Toulon. Chômage. Un évènement marquant pour Jacques encore enfant : en promenade sur le port il empêche son père de se jeter à l’eau de désespoir.  Le grand père offre à son fils un emploi qui consiste à visiter des familles pauvres pour savoir si elles ont besoin d’aide : le pauvre aidant les plus pauvres. En 1915 le frère aîné de Jacques meurt à 17 ans de la typhoïde.
Peu intéressé par la vie scolaire Jacques quitte l’école à 15 ans, et vit de divers petits boulots souvent peu avouables. Témoin en 1917 du passage à tabac de soldats qui chantent l’internationale,  Il est déjà en révolte contre toute forme d’autorité. Travaille un temps au Bon Marché où il fait selon ses termes du « déplacement d’objets ».
Il lit beaucoup et on trouve dans son œuvre des traces de ses lectures : souvenir de la contestation au siècle des Lumières ; sensibilité romantique, perceptible même si elle se cache sous la gouaille.
Il est grand admirateur des feuilletons du XIXème siècle, comme Les Mystères de Paris d’Eugène Sue
Lors de son service militaire (1920) il obtient d’être le voisin de chambrée d’un farfelu breton « croqueur d’araignées », qui fait le fou pour échapper au service. C’est le futur peintre surréaliste Yves Tanguy. Il y devient aussi l’ami de Marcel Duhamel, futur inventeur de la Série Noire.
Démobilisés ils habitent ensemble Rue du Château, puis à l’hôtel Grosvenor qui appartient à l’oncle de Marcel Duhamel. Ils y vivent entre garçons formant une sorte de phalanstère auquel se joint Raymond Queneau. Fréquentent beaucoup les cinémas et les bars. Le cinéma devient la passion de Prévert, et les bars sont un lieu de rencontres et d’écoute. L’hôtel Grosvenor devient le lieu de rencontre avec André Breton et les surréalistes, poètes qui considèrent l’art comme une exploration de l’inconscient. Prévert y invente le jeu du « cadavre exquis » où André Breton voit un nouveau moyen d’expression par l’aléatoire.
Mais Prévert est mal à l’aise dans le surréalisme : il se méfie de l’intellectuel. Pour lui le monde ne doit pas être pensé mais senti.
Lecture de « L’enfant de mon vivant » : ne pas perdre l’enfant qui est en soi.
La rupture avec André Breton sera complète en 1930.
Prévert ne pensait pas « faire de la littérature ». Sa poésie est légère et spontanée, écrite sur n’importe quel support, sans intention immédiate de publier. Le recueil « Paroles » paraîtra seulement en 1946.

Cinéma et théâtre

Dès le début des années 30 Prévert se passionne pour le cinéma, art neuf non soumis au pouvoir de la littérature, et surtout art visuel.
A partir de 1932 Il écrit pour le groupe Octobre, groupe de théâtre ouvrier où règne un solide climat d’amitié. Théâtre populaire pour un public populaire, à l’opposé du théâtre bourgeois.
Mais c’est surtout le cinéma qui fait connaître Prévert. Il est le scénariste et dialoguiste de grands films français des années 1935-1945 : Quai des brumes, Le jour se lève, Les Visiteurs du soir, Les Enfants du paradis et Les Portes de la nuit de Marcel Carné, Le Crime de Monsieur Lange de Jean Renoir, Remorques et Lumière d'été de Jean Grémillon.
Quai des brumes, première réussite majeure du duo Jacques Prévert-Marcel Carné, et  Le jour se lève mettent en œuvre un réalisme poétique, à l’opposé du réalisme socialiste prôné par le groupe Octobre affilié au parti communiste.
Les enfants du paradis : expression de l’amour de Prévert pour l’art, le théâtre, tous les marginaux. Retour intéressant sur une époque passée.
Films servis par tout un ensemble d’acteurs exceptionnels : Jean Gabin, Arletty, Michèle Morgan, Jean-Louis Barrault, Michel Simon, Louis Jouvet…

Un « homme de paroles »

Dès 1935 Les poèmes de Prévert sont mis en musique par son ami juif Joseph Kosma, qu’il protègera pendant la guerre.
Paroles paraît en 1946. D’une manière symbolique la couverture est illustrée par une photo de graffiti, art populaire et manière nouvelle de s’exprimer.
Ce recueil sera suivi de  Histoires, Les Enfants qui s'aiment, Spectacle, La Pluie et le beau temps, Lumières d’homme, Histoires et d'autres histoires, Fatras, Imaginaires.
A la fin de sa vie il participera au dessin animé Le roi et l’oiseau de Paul Grimault.

Quelques-unes de ses caractéristiques :

Prévert se méfie de l’emphase qui éloigne la littérature du réel. Il se méfie également de la pensée abstraite : il a vu tuer pour des idées.
Il propose une perception concrète et poétique du monde.
Lecture de Fleurs et Couronnes
Il réfute toute philosophie, à cause de la capacité des philosophes à justifier un monde devenu fou.

Citation extraite du poème Transcendance (Spectacle 1951):  « Il y a des gens qui dansent sans entrer en transe et il y en a d'autres qui entrent en transe sans danser. Ce phénomène s'appelle la Transcendance et dans nos régions il est fort apprécié ».
Cependant philosophe malgré lui, il défend ce qui reste : vivre d’amour et de bonheur.

Il entend la voix des individus anonymes dont chacun est unique.
Lecture de Lorsqu’un vivant se tue
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Il fait  des constations alarmantes mais manifeste un attachement indéfectible à la vie. La beauté rachète tout par sa totale gratuité.
Thème de la guerre comme manifestation éclatante du mal : « quelle connerie la guerre ! »
Lecture de Chanson dans Le sang et Familiale
Dans Barbara (lien internet) réunion de la grande et de la petite histoire pour évoquer la tragédie de la guerre. Dans la même veine il écrira, à propos de Hiroshima : « On ne bombarde plus, on désintègre », et s’élèvera contre l’usage du napalm au Viet-Nam.
Il suit une ligne résolument anticléricale, fustige l’alliance du sabre et du goupillon.

Conclusion avec le poème Pater noster, attaque directe à la religion catholique