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Le livre dans l’art
Sonia de Puineuf
(Crédit photo aimablement mis à notre disposition par Mme de Puineuf)

Il n’y a pas de représentation artistique du livre avant l’ère chrétienne.
Au Moyen-Age le livre est essentiellement la Bible.

 On peut voir sur un chapiteau de l’église wisigothe préromane San Pedro de la Nave (Espagne, autour de l’an 680) une représentation de Saint Pierre, fortement stylisée, tenant un « liber ». Ce mot latin signifie « bois » : entre deux feuilles de bois sont intercalés les feuillets de la Bible. On est très loin des sculptures de l’antiquité.

 Au Moyen-Age le Livre est majoritairement représenté à l’intérieur du livre lui-même. Dans l’évangéliaire de Charlemagne (fin du VIIIème siècle) une enluminure présente l’évangéliste Saint Marc en train d’écrire l’évangile que l’on va lire. Son regard est tourné vers le lion, animal associé à Saint Marc comme symbole de l’inspiration divine. Le livre se confond avec le Verbe ou Parole de Dieu.

Ecrit à la plume, le livre est un objet unique et précieux.

 A Saint Jacques de Compostelle (XIIème siècle) les prophètes du porche de la gloire tiennent chacun un rouleau ou volumen et non un livre : le sculpteur maître Mathieu, un Français, sait bien que le livre appartient au christianisme.

On est à l’aboutissement de l’art roman, l’art gothique est proche. Les visages sont personnalisés.

 A Vézelay le tympan du portail du narthex (XIIème siècle) a un rapport étroit avec le départ de la croisade prêchée par Bernard de Clairvaux. Le Christ investit ses apôtres d’une mission.  Ils sont six apôtres de chaque côté. Ceux de droite portent un livre ouvert, ceux de gauche un livre fermé. Les uns ont le pouvoir de sauver, les autres de châtier : seront sauvés ceux qui auront ouvert et lu le livre.

 Dès la fin du Moyen-Age le livre apparaît non plus dans un contexte sacré mais entre les mains d’un mortel.

Vers 1410 à Cologne dans le Jardinet du paradis le livre est lu par la Vierge Marie. Importance à cette époque du culte de la Vierge, plus proche des humains et intermédiaire vers le Christ.

 

Au XVème siècle des portraits d’hommes pieux les représentent agenouillés devant le livre dans un geste de prière :

Vierge du chancelier Rollin de Van Eyck (1435)

Portrait de Benedetto Tomaso di Portinari, de Hans Memling, les mains au-dessus du livre (1485).  L’autre élément du diptyque représente San Benedetto : le saint porte le livre, il jouit d’un autre statut.

L’apparition du livre dans les maisons est en lien avec le réalisme flamand.

Au XVIème siècle nouvelle avancée : le livre comme symbole d’un savoir :

Savoir religieux : portrait du cardinal Tommaso Inghirami par Raphaël : le personnage écrit, le regard tourné vers le ciel, auprès d’un livre ouvert, peut-être un ouvrage de théologie.

Inversement dans le portrait allégorique de Dante par Bronzino en 1530 le livre « La divine comédie » est présenté ouvert entre les mains de l’auteur : le livre devient symbole de l’érudit humaniste. C'est une rupture fondamentale dans la représentation et qui témoigne d'un changement du paradigme: à la place de la Bible, la Divine Comédie: c'est une nouvelle ère qui commence.

On voit apparaître la représentation de plusieurs livres :

Dans le portrait d’Ugolino Martelli, un diplomate engagé, défenseur de la république, Bronzino représente trois livres, dont l’Iliade d’Homère (ouvert) et une défense de la langue italienne (fermé).

Le livre apparaît souvent chez Bronzino, artiste féru de culture.

Rapprochement et contraste entre La dame en rouge de Bronzino et le portrait de Marie Leczinska peint par Nattier en 1748 : les deux portent un livre, la première est sévère et distante, la seconde beaucoup plus intime et familière.

 Au cours des siècles la représentation du livre se diversifie :

Dans Le géographe de Vermeer (1668), un livre grand ouvert et plusieurs autres auprès d’un globe apparaissent comme sources de la connaissance scientifique.

Le livre comme élément de nature morte :

Le bibliothécaire d’Archimboldo, composé à partir d’éléments de livres ou de bibliothèque.

Nature morte aux livres du maître de Leiden : livres en tas ou recueils d’estampes, selon une esthétique de ruines : le livre comme relique d’une ancienne civilisation.

Deux natures mortes aux livres de Van Gogh :

La première (1885) sombre et proche de l’esthétique flamande, comporte la Bible grande ouverte comme si elle avait été lue toute la nuit, et, beaucoup plus petit, le roman La joie de vivre d’Emile Zola. Proximité chez l’artiste encore jeune de deux univers : l’univers  mystique d’un côté, de l’autre la vie parisienne qui l’attire.

La deuxième (1888) annonce la palette colorée de l’artiste. C’est un tas de petits livres, caractéristiques de la culture moderne.

Le livre comme outil de propagation d’une esthétique moderne dans le portrait d’Emile Zola par Manet : Zola représenté come critique d’art : il tient un livre illustré, et est entouré de tableaux et d’estampes.

Le rapport du livre à la personne ressort du portrait de Baudelaire par Courbet.

Autre thème de tableaux : la lecture, l’acte de lire.

Au XVIIème siècle La liseuse, de Fragonard (vers 1770), Le petit paresseux, endormi sur son livre, de Greuze (1755).

Par la suite nombreuses représentations de la lecture variant avec l’époque et le style des artistes :

Le liseur blanc de Meissonnier (1857) ; La liseuse du baron Charles Steuben (1829) : la lecture comme invitation au rêve; Lecture de Courbet : négligence de l’attitude et du vêtement comme si le livre avait le pouvoir magique de faire oublier tout le reste.

La liseuse de Matisse, personnage des années trente ;

La lecture de Fernand Léger (1924): personnages-machines, le livre objet stylisé, métallique. Le livre deviendra-t-il lui aussi une machine ?

Pause au travail de Willy Sitte (1959) : œuvre de propagande au temps de la RDA, noblesse de l’ouvrier consacrant à la lecture son temps de pause, et peut-être en arrière-plan dénonciation du statut d’ouvrier imposé aux intellectuels.

A la fin du XXème siècle le livre est devenu un objet du quotidien, mais qui a conservé son pouvoir magique.

Plusieurs œuvres en font le symbole de la société d’avant le numérique :

- Tour de livres créée à Berlin en 2006 pour la coupe du monde de foot, là où avait eu lieu l’autodafé de 1939. L’Allemagne comme pays de poètes et de philosophes, et le livre comme symbole d’une civilisation.

- Mésopotamie, d’Anselm Kiefer : livres fabriqués en plomb, paraissant comme brûlés, reliques d’une civilisation disparue.

- Sulamit, également d’Anselm Kiefer, livre ouvert évoquant les Juifs brûlés.

-Tour de livres de Matej Kren, tour faite d’ un gand nombre de livres réels  entassés : livres désormais trop nombreux, réutilisés pour faire une tour, comme symbole d’une civilisation arrivée à son terme.

 Le livre peut ainsi se traiter comme un objet avec lequel on peut faire de l’art :

- Book sculpture de Jacqueline Rush Lee : le livre devenu fleur

-Autopsie de livres de Brian Dettner

 Question posée : qu’est-ce qu’on va faire des livres ? Le livre est-il destiné à disparaître ? La réponse est « non », car le livre appartient au domaine du réel, alors que le virtuel est fragile car dépendant de la technique.