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Raconter l'histoire en BD
Mickaël Le Galli, scénariste

Naissance de la BD

L’inventeur est le Suisse Rodolphe Töpffer, qui compose ses premières œuvres à partir de 1827 (Les amours de monsieur Vieux Bois), donc avant l’apparition du cinéma. Premier ouvrage publié : Histoire de monsieur Jabot (1833). Extrait de la préface :
« Ce petit livre est d’une nature mixte. Il se compose de dessins autographiés au trait. Chacun des dessins est accompagné d'une ou deux lignes de texte. Les dessins, sans le texte, n’auraient qu’une signification obscure ; le texte, sans les dessins, ne signifierait rien. Le tout ensemble forme une sorte de roman d’autant plus original qu’il ne ressemble pas mieux à un roman qu’à autre chose. »
Son « fan » le plus célèbre est Goethe, qui l’encourage à publier.
Les bulles  n’apparaissent  qu’en 1896 avec l’Américain Richard Outcault, (The Yellow kid and his new phonograph).

L’Histoire en Bande Dessinée.

Années 60- 80
Séries dans les revues franco-belges :

- Tandis que Spirou, fondée en 1938 par Jean Dupuis, pratique l’humour et la fantaisie, le Journal de Tintin (fondation 1946) publie plusieurs séries historiques : Leclerc soldat de légende, Hassan et Kadour , Corentin , L’histoire du monde…
- Pour ne pas être en reste Spirou publie de 1951 à 1982 les Belles histoires de l’oncle Paul.
- Hermann   publie quelques BD à caractère historique (ex : Jugurtha)

Les archétypes au centre des séries :

Fred et Liliane Funcken mettent en scène Le chevalier blanc, le Viking (Harald le Viking)
Le Chevalier Ardent, de François Craenhals, est l’archétype du chevalier du Moyen-Age.
A partir de 1974 Edouard Aidans crée Tounga, archétype de l’homme préhistorique, le premier héros qui a le droit de tuer.
Créations de W.Vance dans le journal Tintin: Howard Flynn, héros anglais (1964-1973) ; Ringo le Cow-boy (à partir de 1965) ; Bruce Hawker, le héros accusé à tort (à partir de 1983).
Hermann a créé en 1973 le personnage féminin de Comanche et ses aventures dans l’Ouest américain.
A partir de 1974 Buddy Longway (auteur Derib) représente le trappeur qui épouse une indienne (étude de la culture indienne et du métissage).
Vasco, de Gilles Chaillet (à partir de 1978), est un jeune aventurier, fils de banquier, qui parcourt toute l’Europe médiévale.

Autres publications :

De 52 à 78 le Journal de Mickey publie la série Mickey à travers les âges : chaque fois que Mickey reçoit un coup sur la tête il est transporté quelque part dans le passé.
Pilote, fondé en 59, publie l’Histoire de Barbe Rouge, pirate des Caraïbes, par Jean-Michel Charlier, auteur des belles histoires de l’oncle Paul ; l’Epervier,  de Pellerin, transformation du fils d’Eric le Rouge.
Pif : la BD historique est présente dès le premier numéro de la revue : Ragnar le Viking, histoire des invasions. Rahan, homme préhistorique qui aura ensuite sa propre revue.
Corto Maltese naît en 67 dans une revue italienne, et apparaît dans Pif de 70 à 73. Publié en albums jusqu’à aujourd’hui.

En 1980 les revues disparaissent. Apparition de la BD didactique :

Histoire de France en BD, chez Larousse, d’abord en fascicules mensuels puis en collaboration avec le journal Le Monde. Pour cette publication Larousse fait appel à des auteurs connus.
2000 ans d’histoire des régions, de 1980 à 1985, à l’initiative de l’Education Nationale.
Collection Histoire des provinces françaises chez Larousse.
La revue Circus, fondée en 75 aux éditions Glénat, publie en 79 Les passagers du vent
Vécu
, fondé en 85, publie uniquement de la BD historique.

A partir de 1990 la BD historique tombe dans l’oubli, puis connaît un renouveau à la fin des années 2000 :

Collection Histoire et Histoires aux éditions Delcourt, récits de fiction dans un contexte historique. . Ex : Je suis Cathare, 14-18, Aliénor, Mousquetaires.
Collection L’homme de l’année aux mêmes éditions. Ex : Le soldat inconnu.
Chez Casterman : 10 tomes de l’Histoire de France en BD, très didactique, précis dans la  reconstitution visuelle.
Chez Glénat à partir de 2014, collection Ils ont fait l’Histoire : vie de grands personnages, en collaboration entre spécialistes et auteurs de BD.

Difficultés pour raconter l’Histoire en BD

A partir de quatre BD de M. Le Galli :
Alexandre l’épopée (Alexandre le Grand)
Les Damnés de Paris (Paris en mai 1869, époque du baron Haussmann, de Zola, jute avant la Commune)
J’ai tué François Ferdinand (L’assassinat du duc raconté du point de vue de l’assassin)
Batchalo (un clan tzigane dans l’Holocauste).

Trois façons de concevoir les personnages :

- Personnages exclusivement historiques (ex : J’ai tué François-Ferdinand)
- Mélange de personnages réels et fictifs (ex : Emile Zola, Edouard Manet, Claude Monet, le caricaturiste André Gill dans Les damnés de Paris).
- Personnages fictifs dans un contexte historique (ex : Batchalo).

La reproduction du contexte historique nécessite une énorme documentation : 10 années de recherches pour Batchalo. L’auteur doit recourir aux sources à la manière d’un historien.

Exemples de difficultés :
- peu de ressources visuelles pour reproduire les lieux de l’époque d’Alexandre Le Grand. L’agora de la ville de Pella, capitale d’Alexandre, reproduite à partir des fouilles archéologiques.
- A l’inverse pour les lieux parisiens des Damnés de Paris, une documentation énorme, en particulier photographique, dans laquelle le dessinateur doit choisir.
- Le dessinateur s’approprie également les personnages historiques : ex : André Gill caricaturant Emile Zola pendant un discours de Gambetta.

Cas particulier de Batchalo :

Nécessité d’une étude précise des migrations des Tziganes, afin de corriger les fantasmes et de rétablir la vérité historique.
Etude des camps d’extermination, en particulier recherche de documents photographiques pour en faire la base des dessins.
Les personnages étant tchèques, nécessité d’une étude approfondie de la Tchécoslovaquie et de son histoire.
Le tout, texte et dessin, devant crédibiliser l’album.

En conclusion :

La démarche des auteurs de BD historique est devenue de plus en plus rigoureuse. Plus on remonte dans le temps, plus la documentation, surtout visuelle, est difficile, même si le scénario est alors plus simple à établir.